Vieillissant, le cœur encore espière
que dans une aurore qu'on ne peut nommer,
en deçà des yeux, du front, puissent changer
les couleurs du ciel et de la terre,
que les jours et les nuits confessent leur secret.
Le soleil engourdi, vague d'aspect,
monte lentement sur la voûte blême
et jette une lumière jaune sur la plaine.
Les années se terrent dans les bois
et couvrent leur visage de fauve aux abois.
Comme si les rayons repassaient an fer
les plis effilochés de la terre.
Le temps passe en grande paix ; sans bataille.
Les nuages de lain paissent sur un champ sombre.
La lumière se déploie en éventail
et pénètre, inaperçue, dans la pénombre
où vivent les ombres des êtres primitifs
et des amours préhistoriques,
tandis qu'elle, á taton parmi les ifs,
retrouve sa propre trace antique
qui jamais depuis ne s'est effacée.
Il prend un sentier qu'il prit dans le passé,
tout est inattendu et simple pourtant.
Le feuillage et l'herbe se ressemblant,
il y découvre des masques étranges,
les visages aplatis et qui s'effrangent
de morts à demi oubliés.
Ceux qui passent ici les ont piétinés.
Il s'arrête, angoissé ; tressaille,
comme quelqu'un qui se doute du piège.
Les rayons obliques l'assaillent,
de pénibles souvenirs l'assiègent.
Il sait qu'il est cerné. Impossible
dès lors de faire marche arrière. Mieux vaut
se rendre et subir l'inévitable.
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