Attente


Vieillissant, le cœur encore espière

que dans une aurore qu'on ne peut nommer,

en deçà des yeux, du front, puissent changer

les couleurs du ciel et de la terre,

que les jours et les nuits confessent leur secret.

Le soleil engourdi, vague d'aspect,

monte lentement sur la voûte blême

et jette une lumière jaune sur la plaine.

Les années se terrent dans les bois

et couvrent leur visage de fauve aux abois.

Comme si les rayons repassaient an fer

les plis effilochés de la terre.

Le temps passe en grande paix ; sans bataille.

Les nuages de lain paissent sur un champ sombre.

La lumière se déploie en éventail

et pénètre, inaperçue, dans la pénombre

où vivent les ombres des êtres primitifs

et des amours préhistoriques,

tandis qu'elle, á taton parmi les ifs,

retrouve sa propre trace antique

qui jamais depuis ne s'est effacée.

Il prend un sentier qu'il prit dans le passé,

tout est inattendu et simple pourtant.

Le feuillage et l'herbe se ressemblant,

il y découvre des masques étranges,

les visages aplatis et qui s'effrangent

de morts à demi oubliés.

Ceux qui passent ici les ont piétinés.

Il s'arrête, angoissé ; tressaille,

comme quelqu'un qui se doute du piège.

Les rayons obliques l'assaillent,

de pénibles souvenirs l'assiègent.

Il sait qu'il est cerné. Impossible

dès lors de faire marche arrière. Mieux vaut

se rendre et subir l'inévitable.


作者
László Kálnoky

译者
Rácz Judit

来源

https://www.babelmatrix.org/works/hu/K%C3%A1lnoky_L%C3%A1szl%C3%B3-1912/V%C3%A1rakoz%C3%A1s/fr/40942-Attente


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