Pendant ta fuite, il y eut l'entrée
Dans notre cuisine étroite oú tout de suite
Tu tombas sur le matelas.
Tu pouvais allonger tes jambes fatiguées,
N'osant pas enlever tes souliers, cependant,
De peur qu'ensuite ils refusent tes pieds.
Trois jours sans l'ascenseur, assise,
Là-haut, sixième étage,
Un enfer éclairé tout autour
De ta cage de verre et les ruines,
Le tonnerre des bombes.
Trois jours de ciel partant
En éclats et en fracas
Et sur ta chaise, toi, tremblant.
Le quatrième, une accalmie,
Tu descendis par les ruines, sur les genoux,
Tu rampas dans la neige et les poussières.
Au niveau de la rue, défense de gémir,
Dans ce désert si plein d'échos,
Tu attendis, souffle coupé.
Rampant au long des rues désertes,
La peur qui t'engourdit, les armes à l'affût,
Tu traversas le pont fantôme dans la nuit,
Seule vers Buda.
Les bourgeois se terraient dans les caves
Et les soldats dans les tranchées.
Parmi les baluchons et les cadavres
Tu avanças en trébuchant
Et par le jardin sous la neige
Tu es venue à notre porte et tu t'es étendue
Sur notre matelas dans la cuisine tiède.
Le bol tremblait dans tes deux mains,
J'entendis cogner ta cuillère
Qui diluait la saccharine
Dans le thé fait avec la neige.
Les neuf réfugiés ont tenu conseil,
N'ont pas accepté que tu sois dixième
Et un peu plus tard tu es repartie
Passant le seuil couvert de neige,
Parmi les flocons que coupaient les balles,
Partie dans la nuit, le froid, dans la mort.
Ta supplication, elle résonne en moi
Comme entre les hauts murs d'une salle
Avec ton pas lent qui fait craquer le sol;
Tu te perds dans la neige qui tombe en silence,
Errant en moi, trébuchant en moi.
PoemWiki 评分
暂无评论 写评论