L'oignon parle


Je ne suis que pure pelure.

Que tu me coupes en tranches, que tu me taffies en dés.

Hache-moi menu ! C'est le néant

que tu couperas - que je ne contiens pas puisque je ne contiens

rien. N'étant que pelure.

Pelure de pelure, et même pelure de pelure de pelure, et

même... Je ne m'arrête que par manque de place.

Et puis je ne tiens pas à faire l'important. Pas la peine

d'essayer de t'impressionner. J'entends déjà le craquement

des ceufs... La lumière électrique sacrilège pénètre

dans la nuit de l'œuf. Écraseur de germes, ta main

ne tremble-t-elle done pas en écrasant

à grands coups de fourchettes la Semence ?

- Tais-toi ma bouche ! Déjà grésille la graisse.

Bourreau, fais ton office : jette-moi dans la graisse,

bouffeur de symbole ! - que je me dore

selon le goût.

Œuf, mon fils, n'aie pas peur

de disparaître de l'époque où l'homme

a désappris le langage de la nature,

où le ruisseau et le taillis se taisent,

où se retrouvent enfin, sur le lard fondu

du plus impur des quadrupèdes, les plus ultimes

choses - nous -.

Mieux vaut, plutôt que d'assiéger

des oreilles closes - s'unir, tremblant de tous nos mots,

dans le grand martyre de l'omelette.


作者
哲爾吉·畢崔

译者
Rácz Judit

来源

https://www.babelmatrix.org/works/hu/Petri_Gy%C3%B6rgy-1943/A_hagyma_sz%C3%B3l/fr/40320-L_oignon_parle


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