Une nuit le passant
entendit un bruit, se retourna ;
un chêne arrivait derrière lui.
Lui s'arrêta, l'attendit. Le chêne avançait
sur ses racines fraichement arrachées,
il grimpait sur la route bitumée,
se balançant sur ses longs pieds - terreux encore - de serpent,
zélé comme une ondine informe,
sa tête trop large frôlant
les stores silencieux des magasins ;
dès qu'il eut atteint le passant,
il s'appuya au réverbère
puis, écarta sa chevelure.
Un visage de chêne apparut.
Grand visage moussu. Peut-être. Ou d'autre sorte.
Le passant alors sentit
ses propres contours se défaire ;
ses rivages liquides furent pris d'une brume flottante ;
comme s'il s'obscurcissait soudainement
devenant étang dans la forêt
par le seul fait d'avoir donné reflet d'un tel visage.
Et tons les deux ils respirèrent.
Dans les cheveux du chêne quelques nids,
des oiseaux endormis comme par mégarde,
oubliés.
Car insistant.
Il était là si insistant bien qu'immobile,
comme une nouvelle ayant forme de chêne
qui, faute d'être déchiffrée, se lasse.
Déjà il rabaissait son rideau de cheveux.
Fit demi-tour, s'en fut. Pieds étranges.
Il emporta ses nids, ses oiseaux,
puis la haie de néons l'émailla
devant les yeux du passant
qui peu à peu se reconstituaient.
Déjà la fosse quittée l'attendait,
où, de nouveau, s'en ira se souder.
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