Les DanaïdesFrançois Gachot 译

Le DanaidiCikos Ibolja 译


Là-bas, au fond, au plus profond des tristes enfers du silence que nulle brise ne caresse, tout au milieu des asphodèle, et l'asphodèle est sans frisson, l'arbre du deuil est immobile, le pavot jamais ne s'effeuille, car le vent dort d'un grand sommeil, jamais ses lèvres ne s'agitent.
Giù nell’aldilà silente, nel mesto aldilà asfissiante,

tra gli asfodeli,
Ici, pareils à des miroirs couleur d'acier, les étangs rêvent; nulle ride, et les cils demeurent, comme assoupis, car leur frisoir, cet éventail de mousseline, le vent, ici dort en son gîte;
dove asfodelo non si muove, l’albero del dolore non

scuote le sue fronde,
Dans d'immenses vases d'albâtre,cinquante femmes pécheresses versent et déversent sans cesse; cinquante damnées à jamais, font ainsi pour l'éternité;
non cadono i petali dei fiori di papavero, perché là

il vento dorme profondamente,
Ces femmes tristes et damnées, versent en vain dans les amphores, de grandes amphores d'albâtre, l'eau qui jamais ne leur suffit, le précieux suc du Léthé.
dorme profondamente sul suo letto di asfodelo, non parla,

dove i laghi si stendono come specchi d’acciaio, ciglia
Arbres funèbres, vastes troncs dressant leur silhouette sombre, sans agiter jamais leurs branches;
assopiscono

facilmente, s’addormentano, perché il vento, che ventila
chacun étant l'âme dolente, l'âme antique d'un suicidé végétant sur l'arbre muet; sensible mais inconscient, le grand arbre étend son feuillage immobile à travers les prés,
le ciglia, colui, che increspa

le acque, di là non è mai passato;
à travers le pré où il draîne l'eau polluée par tant de crimes, le Léthé (car c'est lá son pré) poursuit son éternelle course
nelle anfore enormi, anfore d’alabastro, cinquanta donne,

cinquanta peccatrici,
sans jamais atteindre la mer, en décrivant sept fois un cercle avant de rejoindre sa source,
attingendo col vaso snello, attingendo, poi svuotando

meste, dannate
et là, dans leurs cinquante amphores, pour répandre toujours en vain ondes et pleurs, les pécheresses
donne versano l’acqua eternamente,

cinquanta meste donne dannate invano versano il liquido
emplissent et vident en vain cinquante magiques amphores ne pouvant jamais se remplir, pas plus que ne le peut la mer, qui toujours monte et se retire; et puis les cinquante damnées versent dans des vases d'albâtre, vainement cette eau du Léthé que l'on puise et verse sans cesse;
prezioso

nelle enormi anfore d’alabastro, l’acqua attinta dal Lete
cinquante femmes au corps pâle, drapées dans leurs longs cheveux noirs, sensibles mais inconscientes, sans fin besognent en chantant;
preziosa,

non è mai sufficiente.
cinquante femmes à voix basse chantent des demi-souvenirs qui montent d'un lointain passé plein de larmes et de tourments:
Enormi, snelli alberi di dolore non scuotono mai i loro

rami: - ogni
«Nous avons tué nos époux, cinquante hommes vaillants et forts, pour nous adonner à l'amour. Dieu sait qui nous avons aimé, puisant au vase du désir, puisant et versant tour à tour, dans la lumière de la terre, sous un ciel brûlé de soleil.
ramo è un’anima, mesta antica anima suicida, che or

senziente vegeta
Et d'anciens morts hantent nos âmes, lueurs tombées du haut des rues dans l'ombre de chambres immenses. Le sens maintenant nous échappe. Ah! Qu'est-ce qu'aimer voulait dire? Qu'est ce que chérir ou étreindre? Nous cherchons dans nos souvenirs et nous questionnons les ombres, en vain dans l'ombre de l'esprit.
sull’albero muto, eppure stende inconsciamente la fronda

immobile,
Nous ne pouvons plus que chanter: nous avons tué nos époux et nous en gardons la mémoire; nous chantons sans rien y comprendre et nous puisons et nous versons sans pouvoir jamais arrêter. Nous chantons même sans comprendre, car sinon c'est le grand silence, le silence qui nous effraie, l'immense obscurité muette où notre âme apeurée frémit.
immobile e cupamente, attraverso il prato,

attraverso il prato, dove il Lete (perché il prato è di Lete)
Ainsi chantent cinquante femmes, les cinquante tristes damnées semblables sous leurs cheveux noirs; cinquante sœurs au corps d'albâtre chantent sur les prés du Léthé, au milieu des rameaux des âmes, les pavots, les lourdes amphores, au bord du Léthé, calme gîte.
con l’acqua lercia

dai cento peccati in esso lavati, con l’acqua lercia dai
là-bas dans les tristes enfers où rien n'est plus que le silence, calme gîte du vent qui dort, blotti sur son lit d'asphodèles, sans que ses lèvres ne s'agitent.
atavici peccati dimenticati,
scorrendo in tondo non svanisce,
non svanisce, non giunge al mare, ma gira sette volte in
tondo e torna
in sé stesso: dove cinquanta donne dannandosi invano,
in cinquanta enormi anfore,
riversano le lacrime e l’acqua invano,
a volte attingendo, a volte svuotando, invano, perché
i cinquanta recipienti stregati
sono incolmabili, son come la bassa marea che decresce,
si ritira
e le cinquanta peccatrici l’acqua di Lete nelle anfore
d’alabastro in eterno
invano versano.
Cinquanta donne dal corpo d’alabastro, coi capelli
corvini, senzienti, eppure
inconsce versano e senza sosta intonano un canto per
metà compreso,
cinquanta meste donne dannate, che dal mondo dei vivi
con sé portata
nelle loro anime ritornante e per metà compresa paura
con voce soffocante cantano:
“Abbiamo ucciso i nostri mariti, cinquanta grandi uomini
valorosi e amavamo,
Dio solo sa chi amavamo, dalla brocca del desiderio
abbiamo attinto, attinto, svuotato, lassù nel mondo verde,
sotto il sole dorato –
“Parole perdute ritornano nelle nostre anime buie, come
luci cadenti della strada
nell’oscurità delle grandi stanze; cosa significano? invano
proviamo a ricordarlo;
cosa significa: amare? cosa: desiderare? e abbracciare?
nell’oscurità invano interroghiamo le ombre.
Cantiam’ pure: Li abbiamo uccisi – e ricordiam’: i nostri
mariti, cantiam’, sebbene non capiamo, e attingiamo,
e svuotiamo;
tanto non siamo in grado di smettere, e cantiam’, sebbene
non capiamo,
perché altrimenti v’è mutismo, e il mutismo fa tanta
paura! è muta la tenebra infinita:
la tenebra non parla”.
Così cantavano le cinquanta donne, cinquanta meste
donne dannate,
dai capelli corvini così simili l’una all’altra, cinquanta
sorelle dal corpo d’alabastro,
così cantavano sul prato di Lete, tra gli alberi delle
anime, fior di papaveri, tra enormi anfore, vicino a Lete,
dove
il vento nell’aldilà silenzioso, dorme sul letto di asfodelo
nel mesto aldilà asfissiante, dorme profondamente,
non parla.


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