阿尔弗雷德·德·缪塞  La Nuit de Mai  编辑历史

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    诗歌正文
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    1La Muse1LA MUSE
    2Poète, prends ton luth, et me donne un baiser;2
    3La fleur de l'églantier sent ses bourgeons éclore.3Poète, prends ton luth et me donne un baiser ;
    4Le printemps naît ce soir; les vents vont s'embraser;4La fleur de l’églantier sent ses bourgeons éclore,
    5Et la bergeronnette, en attendant l'aurore,5Le printemps naît ce soir ; les vents vont s’embraser ;
    6Et la bergeronnette, en attendant l’aurore,
    6Aux premiers buissons verts commence à se poser.7Aux premiers buissons verts commence à se poser.
    89
    9Le Poète10LE POÈTE
    10Comme il fait noir dans la vallée!11
    11J'ai cru qu'une forme voilée12Comme il fait noir dans la vallée !
    13J’ai cru qu’une forme voilée
    12Flottait là-bas sur la forêt.14Flottait là-bas sur la forêt.
    13Elle sortait de la prairie;15Elle sortait de la prairie ;
    14Son pied rasait l'herbe fleurie;16Son pied rasait lherbe fleurie ;
    15C'est une étrange rêverie;17Cest une étrange rêverie ;
    16Elle s'efface et disparaît.18Elle sefface et disparaît.
    1719
    18La Muse20LA MUSE
    19Poète, prends ton luth; la nuit, sur la pelouse,21
    22Poète, prends ton luth ; la nuit, sur la pelouse,
    20Balance le zéphyr dans son voile odorant.23Balance le zéphyr dans son voile odorant.
    21La rose, vierge encor, se referme jalouse24La rose, vierge encor, se referme jalouse
    22Sur le frelon nacré qu'elle enivre en mourant.25Sur le frelon nacré quelle enivre en mourant.
    23Écoute! tout se tait; songe à la bien-aimée.26Écoute ! tout se tait ; songe à ta bien-aimée.
    24Ce soir, sous les tilleuls, à la sombre ramée27Ce soir, sous les tilleuls, à la sombre ramée
    25Le rayon du couchant laisse un adieu plus doux.28Le rayon du couchant laisse un adieu plus doux.
    26Ce soir, tout va fleurir; l'immortelle nature29Ce soir, tout va fleurir : limmortelle nature
    27Se remplit de parfums, d'amour et de murmure,30Se remplit de parfums, damour et de murmure,
    28Comme le lit joyeux de deux jeunes époux.31Comme le lit joyeux de deux jeunes époux.
    2932
    30Le Poète33LE POÈTE
    31Pourquoi mon cœur bat-il si vite?34
    32Qu'ai-je donc en moi qui s'agite,35Pourquoi mon coeur bat-il si vite ?
    33Dont je me sens épouvanté?36Qu’ai-je donc en moi qui s’agite
    34Ne frappe-t-on pas à ma porte?37Dont je me sens épouvanté ?
    38Ne frappe-t-on pas à ma porte ?
    35Pourquoi ma lampe à demi morte39Pourquoi ma lampe à demi morte
    36M'éblouit-elle de clarté?40Méblouit-elle de clarté ?
    37Dieu puissant! tout mon corps frissonne.41Dieu puissant ! tout mon corps frissonne.
    38Qui vient? qui m'appelle? - Personne.42Qui vient ? qui mappelle  Personne.
    39Je suis seul; c'est l'heure qui sonne;43Je suis seul ; cest lheure qui sonne ;
    40O solitude! Ô pauvreté!44Ô solitude ô pauvreté !
    4145
    42La Muse46LA MUSE
    43Poète, prends ton luth; le vin de la jeunesse47
    48Poète, prends ton luth ; le vin de la jeunesse
    44Fermente cette nuit dans les veines de Dieu.49Fermente cette nuit dans les veines de Dieu.
    45Mon sein est inquiet; la volupté l'oppresse,50Mon sein est inquiet ; la volupté loppresse,
    46Et les vents altérés m'ont mis la lèvre en feu.51Et les vents altérés mont mis la lèvre en feu.
    47O paresseux enfant, regarde, je suis belle.52Ô paresseux enfant ! regarde, je suis belle.
    48Notre premier baiser, ne t'en souviens-tu pas,53Notre premier baiser, ne ten souviens-tu pas,
    49Quand je te vis si pâle au toucher de mon aile,54Quand je te vis si pâle au toucher de mon aile,
    50Et que, les yeux en pleurs, tu tombas dans mes bras?55Et que, les yeux en pleurs, tu tombas dans mes bras ?
    51Ah! je t'ai consolé d'une amère souffrance!56Ah ! je tai consolé dune amère souffrance !
    52Hélas! bien jeune encor, tu te mourais d'amour.57Hélas ! bien jeune encor, tu te mourais damour.
    53Console-moi ce soir, je me meurs d'espérance;58Console-moi ce soir, je me meurs despérance ;
    54J'ai besoin de prier pour vivre jusqu'au jour.59Jai besoin de prier pour vivre jusquau jour.
    5560
    56Le Poète61LE POÈTE
    57Est-ce toi dont la voix m'appelle,62
    58O ma pauvre Muse, est-ce toi?63Est-ce toi dont la voix m’appelle,
    59O ma fleur! ô mon immortelle!64Ô ma pauvre Muse ! est-ce toi ?
    65Ô ma fleur ! ô mon immortelle !
    60Seul être pudique et fidèle66Seul être pudique et fidèle
    61Où vive encor l'amour de moi!67Où vive encor lamour de moi !
    62Oui, te voilà, c'est toi, ma blonde,68Oui, te voilà, cest toi, ma blonde,
    63C'est toi, ma maîtresse et ma sœur!69Cest toi, ma maîtresse et ma soeur !
    64Et je sens dans la nuit profonde,70Et je sens, dans la nuit profonde,
    65De ta robe d'or qui m'inonde,71De ta robe dor qui minonde
    66Les rayons glisser dans mon cœur.72Les rayons glisser dans mon coeur.
    6773
    68La Muse74LA MUSE
    69Poète, prends ton luth, c'est moi, ton immortelle,75
    70Qui t'ai vu cette nuit triste et silencieux;76Poète, prends ton luth ; c’est moi, ton immortelle,
    77Qui t’ai vu cette nuit triste et silencieux,
    71Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle,78Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle,
    72Pour pleurer avec toi, descends du haut des cieux.79Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux.
    73Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire80Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire
    74Te ronge; quelque chose a gémi dans ton cœur;81Te ronge, quelque chose a gémi dans ton coeur ;
    75Quelque amour t'est venu, comme on en voit sur terre,82Quelque amour test venu, comme on en voit sur terre,
    76Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur.83Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur.
    77Viens! chantons devant Dieu; chantons dans tes pensées,84Viens, chantons devant Dieu ; chantons dans tes pensées,
    78Dans tes plaisirs perdus, dans tes peines passées,85Dans tes plaisirs perdus, dans tes peines passées ;
    79Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu.86Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu,
    80Éveillons au hasard les échos de ta vie,87Éveillons au hasard les échos de ta vie,
    81Parlons-nous de bonheur, de gloire, et de folie,88Parlons-nous de bonheur, de gloire et de folie,
    82Et que ce soit un rêve, et le premier venu.89Et que ce soit un rêve, et le premier venu.
    83Inventons quelque part des lieux où l'on oublie;90Inventons quelque part des lieux où l’on oublie ;
    8491Partons, nous sommes seuls, l’univers est à nous.
    85Partons, nous sommes seuls; l'univers est à nous.92Voici la verte Écosse et la brune Italie,
    86Voilà la verte Écosse, et la brune Italie,93Et la Grèce, ma mère, où le miel est si doux,
    87Et la Grèce, ma mère, où le miel est si doux;
    88Argos, et Ptéléon, ville des hécatombes,94Argos, et Ptéléon, ville des hécatombes,
    89Et Messa la divine, agréable aux colombes;95Et Messa la divine, agréable aux colombes,
    90Et le front chevelu du Pélion changeant;96Et le front chevelu du Pélion changeant ;
    91Et le bleu Titarèse, et le golfe d'argent97Et le bleu Titarèse, et le golfe dargent
    92Qui montre dans ses eaux où le cygne se mire98Qui montre dans ses eaux, où le cygne se mire,
    93La blanche Oloossone à la blanche Camyre.99La blanche Oloossone à la blanche Camyre.
    94Dis-moi, quel songe d'or nos chants vont-ils bercer?100Dis-moi, quel songe dor nos chants vont-ils bercer ?
    95D'où vont venir les pleurs que nous allons verser?101Doù vont venir les pleurs que nous allons verser ?
    96Ce matin, quand le jour a frappé ta paupière,102Ce matin, quand le jour a frappé ta paupière,
    98Secouait des lilas dans sa robe légère,104Secouait des lilas dans sa robe légère,
    99Et te contait tout bas les amours qu'il rêvait?105Et te contait tout bas les amours quil rêvait ?
    100Chanterons-nous l'espoir, la tristesse ou la joie?106Chanterons-nous lespoir, la tristesse ou la joie ?
    101Tremperons-nous de sang les bataillons d'acier?107Tremperons-nous de sang les bataillons dacier ?
    102Suspendrons-nous l'amant sur l'échelle de soie?108Suspendrons-nous lamant sur léchelle de soie ?
    103Jetterons-nous au vent l'écume du coursier?109Jetterons-nous au vent lécume du coursier ?
    104Dirons-nous quelle main, dans les lampes sans nombre110Dirons-nous quelle main, dans les lampes sans nombre
    105De la maison céleste, allume nuit et jour111De la maison céleste, allume nuit et jour
    106L'huile sainte de vie et d'éternel amour?112Lhuile sainte de vie et déternel amour ?
    107Crierons-nous à Tarquin: "Il est temps, voici l'ombre?"113Crierons-nous à Tarquin  » Il est temps, voici lombre ! «
    108Descendrons-nous cueillir la perle au fond des mers?114Descendrons-nous cueillir la perle au fond des mers ?
    109Mènerons-nous la chèvre aux ébéniers amers?115Mènerons-nous la chèvre aux ébéniers amers ?
    110Montrerons-nous le ciel à la Mélancolie?116Montrerons-nous le ciel à la Mélancolie ?
    111Suivrons-nous le chasseur sur les monts escarpés?117Suivrons-nous le chasseur sur les monts escarpés ?
    112La biche le regarde; elle pleure et supplie,118La biche le regarde ; elle pleure et supplie ;
    113Sa bruyère l'attend; ses faons sont nouveau-nés;119Sa bruyère lattend ; ses faons sont nouveau-nés ;
    114Il se baisse, il l'égorge; il jette à la curée120Il se baisse, il légorge, il jette à la curée
    115Sur les chiens en sueur son cœur encor vivant.121Sur les chiens en sueur son coeur encor vivant.
    116Peindrons-nous une vierge, à la joue empourprée,122Peindrons-nous une vierge à la joue empourprée,
    117S'en allant à la messe, un page la suivant,123Sen allant à la messe, un page la suivant,
    118Et d'un regard distrait, à côté de sa mère,124Et dun regard distrait, à côté de sa mère,
    119Sur sa lèvre entr'ouverte oubliant sa prière?125Sur sa lèvre entrouverte oubliant sa prière ?
    120Elle écoute en tremblant dans l'écho du pilier126Elle écoute en tremblant, dans lécho du pilier,
    121Résonner l'éperon d'un hardi cavalier.127Résonner léperon dun hardi cavalier.
    122Dirons-nous aux héros des vieux temps de la France128Dirons-nous aux héros des vieux temps de la France
    124Et de ressusciter la naïve romance130Et de ressusciter la naïve romance
    125Que leur gloire oubliée apprit aux troubadours?131Que leur gloire oubliée apprit aux troubadours ?
    126Vêtirons-nous de blanc une molle élégie?132Vêtirons-nous de blanc une molle élégie ?
    127L'homme de Waterloo nous dira-t-il sa vie,133Lhomme de Waterloo nous dira-t-il sa vie,
    128Et ce qu'il a fauché du troupeau des humains,134Et ce quil a fauché du troupeau des humains
    129Avant que l'envoyé de la nuit éternelle135Avant que lenvoyé de la nuit éternelle
    130Vînt sur son tertre vert l'abattre d'un coup d'aile,136Vînt sur son tertre vert labattre dun coup daile,
    131Et sur son cœur de fer lui croiser les deux mains?137Et sur son coeur de fer lui croiser les deux mains ?
    132Clouerons-nous au poteau d'une satire altière138Clouerons-nous au poteau dune satire altière
    133Le nom sept fois vendu d'un pâle pamphlétaire,139Le nom sept fois vendu dun pâle pamphlétaire,
    134Qui, poussé par la faim, du fond de son oubli,140Qui, poussé par la faim, du fond de son oubli,
    135S'en vient tout grelotant d'envie et d'impuissance,141Sen vient, tout grelottant denvie et dimpuissance,
    136Sur le front du génie insulter l'espérance,142Sur le front du génie insulter lespérance,
    137Et mordre le laurier que son souffle a sali?143Et mordre le laurier que son souffle a sali ?
    138Prends ton luth! prends ton luth! je ne peux plus me taire.144Prends ton luth ! prends ton luth ! je ne peux plus me taire ;
    139Mon aile me soulève au souffle du printemps.145Mon aile me soulève au souffle du printemps.
    140Le vent va m'emporter; je vais quitter la terre.146Le vent va memporter ; je vais quitter la terre.
    141Une larme de toi! Dieu m'écoute; il est temps.147Une larme de toi ! Dieu mécoute ; il est temps.
    142148
    143Le Poète149LE POÈTE
    144S'il ne te faut, ma sœur chérie,150
    145Qu'un baiser d'une lèvre amie,151S’il ne te faut, ma soeur chérie,
    146Et qu'une larme de mes yeux,152Qu’un baiser d’une lèvre amie
    147Je te les donnerai sans peine;153Et qu’une larme de mes yeux,
    148De nos amours qu'il te souvienne,154Je te les donnerai sans peine ;
    155De nos amours qu’il te souvienne,
    149Si tu remontes dans les cieux.156Si tu remontes dans les cieux.
    150Je ne chante ni l'espérance,157Je ne chante ni lespérance,
    151Ni la gloire, ni le bonheur,158Ni la gloire, ni le bonheur,
    152Hélas! pas même la souffrance.159Hélas ! pas même la souffrance.
    153La bouche garde le silence160La bouche garde le silence
    154Pour écouter parler le cœur.161Pour écouter parler le coeur.
    155162
    156La Muse163LA MUSE
    157Crois-tu donc que je sois comme le vent d'automne164
    165Crois-tu donc que je sois comme le vent d’automne,
    158Qui se nourrit de pleurs jusque sur un tombeau,166Qui se nourrit de pleurs jusque sur un tombeau,
    159Et pour qui la douleur n'est qu'une goutte d'eau?167Et pour qui la douleur nest quune goutte deau ?
    160O poète! un baiser, c'est moi qui te le donne;168Ô poète ! un baiser, cest moi qui te le donne.
    161L'herbe que je voulais arracher de ce lieu,169Lherbe que je voulais arracher de ce lieu,
    162C'est ton oisiveté; ta douleur est à Dieu.170Cest ton oisiveté ; ta douleur est à Dieu.
    163Quel que soit le souci que ta jeunesse endure,171Quel que soit le souci que ta jeunesse endure,
    164Laisse-la s'élargir cette sainte blessure172Laisse-la sélargir, cette sainte blessure
    165Que les noirs séraphins t'ont faite au fond du cœur;173Que les noirs séraphins tont faite au fond du coeur :
    166Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.174Rien ne nous rend si grands quune grande douleur.
    167Mais pour en être atteint ne crois pas, ô poète,175Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète,
    168Que ta voix ici-bas doive rester muette.176Que ta voix ici-bas doive rester muette.
    169Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,177Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
    170Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.178Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots.
    171179Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage,
    172Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
    173Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,180Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
    174Ses petits affamés courent sur le rivage181Ses petits affamés courent sur le rivage
    175En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.182En le voyant au loin sabattre sur les eaux.
    176Déjà, croyant saisir et partager leur proie,183Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
    177Ils courent à leur père avec des cris de joie,184Ils courent à leur père avec des cris de joie
    178En secouant leurs becs sur leurs goîtres hideux.185En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
    179Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,186Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,
    181Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.188Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
    182Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;189Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;
    183En vain il a des mers fouillé la profondeur;190En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
    184L'océan était vide, et la plage déserte;191L’Océan était vide et la plage déserte ;
    185Pour toute nourriture il apporte son cœur.192Pour toute nourriture il apporte son coeur.
    186Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,193Sombre et silencieux, étendu sur la pierre
    187Partageant à ses fils ses entrailles de père,194Partageant à ses fils ses entrailles de père,
    188Dans son amour sublime il berce sa douleur;195Dans son amour sublime il berce sa douleur,
    189Et regardant couler sa sanglante mamelle,196Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
    190Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle197Sur son festin de mort il saffaisse et chancelle,
    191Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.198Ivre de volupté, de tendresse et dhorreur.
    192Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,199Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
    193Fatigué de mourir dans un trop long supplice,200Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
    194Il craint que ses enfants ne le laissent vivant;201Il craint que ses enfants ne le laissent vivant ;
    195Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,202Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
    196Et se frappant le cœur avec un cri sauvage,203Et, se frappant le coeur avec un cri sauvage,
    197Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,204Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
    200Sentant passer la mort, se recommande à Dieu.207Sentant passer la mort, se recommande à Dieu.
    201208Poète, c’est ainsi que font les grands poètes.
    202Poète, c'est ainsi que font les grands poètes.209Ils laissent s’égayer ceux qui vivent un temps ;
    203Ils laissent s'égayer ceux qui vivent un temps;210Mais les festins humains qu’ils servent à leurs fêtes
    204Mais les festins humains qu'ils servent à leurs fêtes
    205Ressemblent la plupart à ceux des pélicans.211Ressemblent la plupart à ceux des pélicans.
    206Quand ils parlent ainsi d'espérances trompées,212Quand ils parlent ainsi despérances trompées,
    207De tristesse et d'oubli, d'amour et de malheur,213De tristesse et doubli, damour et de malheur,
    208Ce n'est pas un concert à dilater le cœur.214Ce nest pas un concert à dilater le coeur.
    209Leurs déclamations sont comme des épées;215Leurs déclamations sont comme des épées :
    210Elles tracent dans l'air un cercle éblouissant;216Elles tracent dans lair un cercle éblouissant,
    211Mais il y pend toujours quelque goutte de sang.217Mais il y pend toujours quelque goutte de sang.
    212218
    213Le Poète219LE POÈTE
    214O muse, spectre insatiable,220
    215Ne m'en demande pas si long.221Ô Muse ! spectre insatiable,
    216L'homme n'écrit rien sur le sable222Ne m’en demande pas si long.
    217A l'heure où passe l'aquilon.223L’homme n’écrit rien sur le sable
    218J'ai vu le temps où ma jeunesse224À l’heure où passe l’aquilon.
    225J’ai vu le temps où ma jeunesse
    219Sur mes lèvres était sans cesse226Sur mes lèvres était sans cesse
    220Prête à chanter comme un oiseau.227Prête à chanter comme un oiseau ;
    221Mais j'ai souffert un dur martyre228Mais jai souffert un dur martyre,
    222Et le moins que j'en pourrais dire,229Et le moins que jen pourrais dire,
    223Si je l'essayais sur ma lyre,230Si je lessayais sur ma lyre,
    224La briserait comme un roseau.231La briserait comme un roseau.
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