III
En hommage à Joseph Brodsky et István Baka
Элегия Иосифу Бродскому
I
"Джон Донн уснул. Уснули
Laureat du prix Nobel avec chat
все образы.... все рифмы...
(D’après le portrait de Joseph Brodsky)
... Не вспыхнет свет...нигде
не слышен шопот, шорох, стук..."
Ce prix, oui, est le tien,
Иосиф Бродский: Элегия Джону Донну*
mais ce n’est guère la gloire
qui velouta le cal
Уснул Иосиф Бродский.
de ta pauvre main
Родная колыбель, град,
qui accueillit tant de plaies, non ;
названный двукратно
seulement, sur ton portrait de Stockholm
истерзанный ветрами,
câlinée d’une mine triste
Невы надруганной названный сын
cette petite chatte
не стал он местом вечного покоя. Нет...
blottie au creux de tes doigts
В обителях Дожей,
à la façon de Muryonka
захлестнутых волнами
(tel un petit chaton russe,
обрел упокоение Поэт.
oui, absolument!)
je dis bien, elle fut seule
С прекрасным сердцем
à l’unisson de ton destin
(подобным кружевам венецианским)
là, en ces jours éphémères
в решетчатых узорaх
de froid triomphe en tenue de gala.
от всех скитаний бесконечных
покинул он земную твердь.
II
Но два поэта-ангела Марина с Анной
явились с вышины небес
Ultime message de Didon
чтоб' приголубить, обласкать...
(из уст посланцев неба Звучит родная речь).
Près de moi, déjà dort Lavinia,
А Оден, брат-поэт несет тебе елей
D’une chair plus ferme, plus jeune que tu ne fus,
из синевы небес.
Mais le feu, qui cette chair la transfigure
En autel, jamais en elle n’a brûlé.
Последним прибыл Рильке
István Baka, Didon et Énée
с тем, чтоб’ вблизи Хадея
почтить тебя, как подобает
Déjà de Lavinia tu es las, je le vois
Поэту - уроженцу града, Питера
et clame chacune de tes fibres
под игом чьим
vers moi, vers Didon.
безвременно поблек ты ...
vers moi qui déjà ne suis plus
(И речь его германская
с оттенком лирики звучит
pouliche en herbe certes, mais je suis
как ангельский призыв!)
l’arrivée,
et je suis l’adieu,
Уснул Иосиф Бродский.
celle qui te fus tout amour
Разбужен он собратьями,
сошедшими с небес,
toi, le fils de Troie,
их четверо, дабы
dont les beaux yeux picotés par le sel
познать тебе:
seront, si loin, mis à la torture,
забудь о смерти и научись
car me revoir, plus jamais ne pourront.
воскреснуть - быть!
Le bûcher s’éplore sous mes pieds,
Уснул Иосиф Бродский.
Tu brûles avec moi, amour.
Не поглотить его гортани
brûles avec moi, quand même survit ton corps ;
могилы-пустыря.
toi qui n’es plus que coque vide et froide.
Его поднимут ввысь
те четверо, которых он,
III
воспитанник,
неоднократно возвращал
Élegue pour Joseph Brodsky
в земную быль
своим прекрасным словом,
John Donne est allé dormir. Dors le poème,
в упор, и веря и не доверяя.
L’image, le rythme. Ni ne brûle, ni ne tremble,
Tout est apaisé…
*Перевод на венгерский:: Агнеш Гергей.
Joseph Brodsky, Élégie pour John Donne
Joseph Brodsky est allé dormir.
Son berceau est ville venteuse aux deux noms,
fille méprisée de la Néva,
Son sépulcre, résidence écumeuse des Doges.
Le cœur en dentelle, taraudé par l’errance
(un cœur splendide, comme les grilles vénitiennes !)
il quitta le monde – rapidement,
mais voilà, deux anges poétesses, Anna et Marina
se mirent de suite à le câliner, là-bas,
(sur leurs lèvres oui, le russe était langue des anges!)
Puis arriva son grand-frère poète, Auden,
en sa main, consolatrice, une gentiane bleu ciel.
Tout dernier se présenta Rilke,
pour accueillir dignement en terre d’Hadès
ce fils de Petersbourg tôt usé par la vie
(quand il parle, l’allemand se mue en une délicate
causerie angélique !).
Joseph Brodsky est allé dormir.
Mais là, ces quatre tentèrent de le réveiller,
lui enseignant à oublier la mort,
pour qu’il apprît l’art de ressusciter.
Joseph Brodsky est allé dormir.
Mais la fosse nue ne l’a pas muselé,
quatre ils furent pour l’accueillir.
Ces quatre que lui – leur fils – tant de fois ramena,
mi-croyant mi-incrédule, par ses mots
tenaces et somptueux, à la vie terrestre.